16/05/2008
Mai 68 par Jean Madiran

Mai 68 : le 13, le 30 et le 20 juin
Le rôle actif de l‘épiscopat français pendant le Mouvement de Mai 68 devrait lui aussi, en ce quarantième anniversaire, être célébré comme il se doit. Trois dates au choix paraissent convenables pour cette célébration : le 13 mai qui approche, ce sera mardi prochain, mais il pourrait être anticipé la veille, qui est le lundi de Pentecôte : ou bien le 30 ; ou encore le 20 juin.
Le 13 mai, journée en 1968 de la grève générale, est le point culminant de ce mouvement qui ne s’appelait pas encore « mouvement de mai », il se désignait lui-même comme « mouvement du 22 mars », avec pour référence « les trois M » (Marx, Mao, Marcuse).
Le 30 mai est la journée qui vit un million de contre-manifestants défilant sur les Champs-Elysées, il marque le coup d’arrêt décisif à une révolution qui – comme toutes les révolutions – était le fait d’une minorité s’imposant par le mensonge, l’intimidation et la violence.
Mais il y a aussi le 20 juin, date particulièrement propice : c’est celle où après un mois de réflexion, l‘épiscopat en tant que tel, par la voix de son Conseil permanent, prend publiquement position en termes officiels, authentifiant et résumant les déclarations épiscopales dispersées faites au cours du mois de mai.
Ce communiqué du 20 juin dit bien qu’il entend s’exprimer selon ce qu’« ont déjà souligné l’archevêque de Paris et de nombreux évêques » pendant les événements. (L’archevêque de Paris était alors le cardinal Marty, président de la Conférence épiscopale, le « père Marty » comme il aimait se faire appeler de bureaux en bistrots.) Ce que les évêques avaient « déjà souligné », c’est leur adhésion à « l’ample mouvement » :
« Comme l’ont déjà souligné l’archevêque de Paris et de nombreux évêques (…), il s’agit d’un mouvement de fond d’une ampleur considérable. Il appelle à bâtir une société nouvelle (…). Cette société nouvelle, les évêques de France sont d’autant plus disposés à l’accueillir que le Concile, sensible à la mutation du monde, en avait pressenti l’exigence… »
Les évêques n’ont accordé aucune attention, ils n’attribuent aucune importance à l’autre « mouvement de fond » le 30 mai, d’une « ampleur » beaucoup plus « considérable », qui a refusé le mouvement de Mai 68 et qui a été suivi d‘élections triomphales pour la droite (parlementaire, hélas) : 293 sièges sur 487, soit 60% de l’Assemblée nationale. Quel travail formidable il a fallu aux médias, à l’Education nationale – et aux clergés diocésains – pour arriver à forger la légende de Mai 68 actuellement dominante !
Les évêques d’aujourd’hui ne sont plus ceux de 1968, mais ils sont leurs dignes successeurs, d’ailleurs recrutés, en fait, par cooptation. Ils tiennent toujours le même langage sur le Concile et la mutation du monde, ils ont toujours la même pastorale d’« accueil » et d’« accompagnement » préférentiels des idées et mouvements marxistes, anarchistes, libertaires, qui leur paraissent les seuls « adultes » et les seuls « modernes ». La singulière adhésion épiscopale, en 1968, à la société nouvelle des trois M, les lecteurs de Présent (et quelques autres) peuvent commodément en retrouver l’essentiel aux pages 271 et suivantes de L’Hérésie du XXe siècle, avec page 276 une reproduction sans aucune coupure du texte épiscopal, sur une page entière, dont j’ai extrait les phrases les plus significatives : par quoi l’on pourra vérifier que mes citations ci-dessus ne sont pas interprétées à contresens de leur contexte.
En 1968, l‘épiscopat français avait déjà abandonné et allait l’année suivante interdire la messe traditionnelle ; il venait de promulguer un Fonds « obligatoire » qui frappait d’interdit tous les catéchismes « antéconciliaires », et laissait les diocèses français, pour quarante ans et peut-être davantage, sans petit catéchisme (le manuel et l’enseignement oral) pour enfants baptisés. Le parti ecclésiastique profondément montinien qui manipule le noyau dirigeant de notre « collégialité » épiscopale n’a aucunement désarmé.
JEAN MADIRAN
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09/05/2008
EXPLORATIONS : L'homme qui lisait Strabon au café Tortoni
Par Nicolas PéRéGRIN
Le 05 Mai 2004
Nous sommes à Buenos Aires. Nous avons retrouvé Nicolas Bonnal, en fuite comme toujours, au café Tortoni. Il lisait du Strabon et buvait un café. Il a bien voulu nous accorder un entretien.
- Nicolas Bonnal, pourquoi lisez-vous du Strabon ?
- Strabon explique notre géographie humaine et sacrée mieux que le guide Michelin et les rapports de la Datar. J'en apprends plus sur la Gaule et l'Ibérie (livres III et IV) que dans tous les rapports d'experts et bureaucrates. Il y a quelque chose que le système cybernétique moderne ne peut effacer, voyez-vous. Le monde moderne reste une histoire houdinesque, une histoire de prestidigitateur et de prestidigital. Sous leur plage, les bons pavés d'antan. Sous les autoroutes de l'information, la voie romaine. Sous l'Hexagone, la Gaule dessinée par Dieu.
- Mais encore ?
- J'aime associer des lectures savantes à des lieux délicats. Ce café Tortoni, cette oeuvre d'art fut celui de Borges et Sabato. Il a ses colonnades, ses billards, ses serveurs élégants. Il est la modernité dans son essence subtile : celle des surréalistes espagnols et français, des cinéastes américains, de la peinture abstraite russe. Pour la relever, j'y lis non pas du Lorca ou du Breton, mais du Strabon. Je donne des indications cynesthésiques de ce type dans mon livre "Le Voyageur éveillé" : quelle musique, quel vers dans quel lieu...
- On comprend pourquoi ils ne se vendent pas, vos livres.
- Borges dit qu'il écrit pour lui, pour oublier le temps qui passe, et pour ses amis. Je fais de même. Mais détrompez-vous : mes livres se traduisent et j'épouserai, j'espère, une jeune étudiante orthodoxe ukrainienne au printemps prochain. Elle a lu mon "Tolkien" traduit en russe. Et depuis nous correspondons par Internet. J'apprends donc l'ukrainien en Argentine.
- Comme c'est émouvant... et si vous ne l'épousez pas ?
- Je poursuivrai mon existence cénobitique ou épouserai une Argentine.
- Justement ! Les Argentines...
- Elles ont les formes des Andalouses, le sourire des Françaises, les cheveux des Galiciennes. C'est donc un doux supplice.
- Bon... assez de bagatelles.
- Ce n'est pas de la bagatelle. Elles vont aussi à la messe, et je vois les motards se signer devant chaque église.
- ...
- Je vois aussi des librairies guénoniennes, des librairies où l'on vend Chesterton comme du bon pain. J'ai même retrouvé le livre d'Izoulet, "Paris capitale des religions", qui inspira les grands travaux de Mitterrand. Et qui est introuvable en France. Buenos Aires n'est pas une ville, c'est une librairie. La bibliothèque de Babel.
- Qu'est ce qui vous plaît à Buenos Aires ?
- C'est un grand Paris, comme celui d'Abellio. Un Paris réussi, un Paris trocadérien, avec plein de petits Neuilly, des arbres dans les appartements, des avenues Foch à chaque coin de rue, une architecture Art Nouveau. On se sent à Madrid, à Milan ou Palerme. Oh, si vous voyiez les jardins botaniques de Palermo (le quartier italien). Et ces femmes dans les rues, comme des Eve descendues du jardin édénique. Il y a aussi les Champs-Elysées, les obélisques républicains, les Champs-Elysées argentins...
- En somme vous avez trouvé votre Polypolis.
- Dans mon "Voyageur", j'évoque une ville immense, cosmopolite, une ville univers : c'est la Polypolis (j'en ai assez des métropoles). Chaque ville devient un quartier de la Polypolis. Ici je me sens à Londres, avenue Henri-Martin, à Hambourg, à Séville (pour les parcs). C'est donc vraiment la Polypolis. Je rappelle la phrase du grand Canetti : les villes où l'on a vécu deviennent les quartiers de la ville où l'on meurt. Une ville en outre peuplée comme l'était l'Europe il y a cinquante ans, avec de braves gens qui parlent un castillan proche de l'espéranto, vous comprennent en italien ou en français, ne peuvent se retenir de vous saluer dans la rue.
- On se sent bien en Amérique tout de même ?
- On se sent dans cette Europe qui va de l'Atlantique à l'Oural. L'Europe commence en Ukraine et elle s'achève à Buenos Aires. Les Nord-Américains adorent dire New York, New Jersey, New Orleans. Pas les Espagnols. Ils ne se sont pas projetés de l'autre côté, dans le néo de la matrice. - Vous ne passez pas souvent vos hivers en Asie ? - Oui, mais j'en avais assez. L'Asie est partout en Europe maintenant, comme l'Amérique du nord (disons l'Etasunie) et bien sûr l'Afrique. Si l'on veut se dépayser, il faut venir ici. C'est le vrai dépaysement puisque c'est l'Europe. Il n'y a pas non plus de touristes. Les bobos (les idiots en espagnol) vont à Ushuaia et c'est très bien comme ça. C'est ce que j'appelle de la contre-programmation. Faire l'inverse de ce que fait le vulgum pecus touristique.
- Vous avez quitté Grenade dont vous disiez le plus grand bien. Peut-on vous faire confiance ?
- Je suis resté deux ans à Grenade, ce qui pour un touriste de passage n'est pas si mal. Je n'ai pas cessé de sangloter les derniers jours au point que je pensais qu'il ne fallait plus partir. J'ai revu l'Alhambra de novembre, belle et enfin vidée de ses profanateurs, et j'ai exécuté mes beaux paseos dans les labyrinthes crétois de mon Albaicin. Je dirai que les portes de l'Enfer ne prévaudront pas contre la maison espagnole, gardienne du Graal de l'Europe. Mais on se trompe toujours. La démographie nous tuera ici comme ailleurs. C'est ce que je disais plus haut : Strabon, toujours Strabon.
- Vous vous rendez compte que personne n'a envie de venir en Argentine.
- Ce café coûte quatre francs. Ailleurs, il en coûte un. Un menu dans un bon restaurant coûte dix francs. Une location dans un beau deux-pièces coûte 700 francs. L'Argentine est bradée, l'Argentine est misérable mais elle tient debout. La valeur n'est pas dans le coût. Et puis écoutez-moi : ceux qui achètent des appartements un million d'euros à Paris pourraient se retrouver avec un logis à cent mille euros dans dix ans ou même avant. Dieu nous a donné l'espace, le diable a créé la spéculation immobilière. Je ne me fais pas de souci. L'économie virtuelle et subtile, celle du diable, pour des raisons qui varient de l'un à l'autre, s'est effondrée ici. Mais le pays est grand, bien peuplé, il ne peut pas être envahi. Notre Europe est à la veille de catastrophes financières et surtout démographiques. Strabon, toujours Strabon. Je précise que je vous raconte tout cela pour que l'on ne me prenne pas pour un imbécile. Je sais où je pose les pieds. Mais je préfère retourner à la Boca et au Recolete pour manger des empanadas et saluer les belles chicas.
- Vous passerez l'hiver ici ?
- Non, l'été. Après je dois me rendre dans les Andes, à Cuzco, au lac Titicaca, au parc des Glaciers, en Uruguay, à Florianópolis, à Salta, dans la Pampa, dans la Selva...
- Pourquoi ne restez-vous pas à Buenos Aires ?
- J'aimerais, mais je suis bête comme mes pieds.
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19/04/2008
Années 70 frénétiques
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02/04/2008
Faut-il brûler Ernst Nolte ?
source: Le Figaro magazine du 28/03/2008
L'historien allemand montre l'interdépendance entre le com munisme, le fascisme et le nazisme. Une thèse qui perturbe les nostalgiques de la révolution d'octobre 1917.
Maître d'oeuvre du Livre noir du communisme, Stéphane Courtois estime qu'Ernst Nolte, dont plusieurs ouvrages sont réédités dans un volume de la collection « Bouquins », a « ouvert la voie des études historiques sur les totalitarismes » (1). D'autres considèrent toujours l'historien allemand comme un personnage sulfureux. L'ont-ils vraiment lu ?
Né en 1923 en Rhénanie-Westphalie, Ernst Nolte est philosophe de formation. Ayant échappé à la guerre, il poursuivra une carrière universitaire. C'est par intérêt pour l'étude des idéologies qu'il est amené, un jour, à se pencher sur le fascisme. Sa trilogie Le Fascisme dans son époque, parue en 1963, contribue à sa nomination aux chaires d'histoire moderne de Marburg et de l'université libre de Berlin. Il passe alors pour un esprit avancé.
Tout bascule en 1986, à la suite d'un article qu'il publie dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung : « Un passé qui ne veut pas passer. » Il s'agit du texte d'une conférence que Nolte devait donner devant un forum de la gauche intellectuelle, mais qu'on lui a refusé de prononcer. Il y expose la thèse du livre qu'il est en train d'écrire et qui sera en librairie en 1987, La Guerre civile européenne, vaste synthèse englobant, de 1917 à 1945, l'histoire du communisme, du fascisme et du nazisme (2). Quelques semaines après la parution de l'article, Jürgen Habermas, philosophe d'extrême gauche, sonne la charge, accusant Nolte (et deux autres chercheurs) de vouloir réévaluer le national-socialisme pour en réduire les responsabilités. Deux ans de polémique s'ensuivront, cette « querelle des historiens » (Historikerstreit) suscitant la publication de près de 1 200 articles et d'une trentaine d'ouvrages.
Que dit Nolte ? Il affirme sans ambiguïté que « l'image négative du IIIe Reich n'appelle aucune révision, et ne saurait faire l'objet d'aucune révision ». Cependant, replaçant le national-socialisme dans son contexte, il s'interroge : si l'assassinat de masse a été la caractéristique fondamentale de ce régime, l'a-t-il été des seuls nazis ? Et d'affirmer l'existence d'un « noeud causal » entre le goulag et Auschwitz : Lénine, selon Nolte, a inauguré un processus abolissant toute distance entre la théorie et les actes. Le discours marxiste sur l'abolition de la bourgeoisie a conduit à la terreur bolchevique, et le discours léniniste et stalinien sur l'élimination des koulaks a entraîné la famine organisée en Ukraine. De même, au terme d'un antisémitisme d'emblée violent, mais purement verbal, les nazis sont passés de la théorie à la pratique avec l'extermination des Juifs. « Le noeud causal, commente Stéphane Courtois, c'est le passage à l'acte fondateur : le crime de masse. » Nolte regarde donc le fascisme et le nazisme comme des phénomènes qui ont leur nature propre, mais qui naissent comme des répliques au libéralisme, et surtout à la violence communiste.
En 1995, dans Le Passé d'une illusion, l'historien François Furet, tout en marquant ses désaccords avec Nolte, saluait à travers lui « une oeuvre et une interprétation qui sont parmi les plus profondes qu'ait produites ce dernier demi-siècle ». Un hommage qui entraînera un échange de lettres entre les deux hommes, dialogue qui paraîtra en 1996 et 1997 dans la revue Commentaire, et qui sera édité ensuite sous le titre Fascisme et communisme (3).
Le « noeud causal » entre communisme et fascisme, Furet le repère plutôt dans la Première Guerre mondiale et le traumatisme qu'elle a laissé en Europe occidentale, provoquant dans des pays comme l'Allemagne et l'Italie une crise du modèle démocratique. Mais l'historien français souligne bien le lien entre les deux systèmes totalitaires : « Personne ne peut comprendre l'un des deux sans considérer aussi l'autre, tant ils sont interdépendants, dans les représentations, les passions et la réalité historique globale. »
Lire Nolte, c'est se confronter à cette méthode comparative. Elle a ses limites. L'historien allemand voit ainsi dans l'Action française, mouvement conservateur et royaliste, une manifestation pré-fasciste, ce qui, dans l'édition « Bouquins », ne convainc même pas Bernard Bruneteau, l'universitaire chargé d'introduire cette partie du Fascisme dans son époque. Par ailleurs, si Nolte, dans Les Fondements historiques du national-socialisme, montre ce que Hitler tirera du pangermanisme, du néo-darwinisme ou de l'antisémitisme de l'Allemagne wilhelminienne, son oeuvre, au total, ne s'étend guère sur les attributs endogènes du nazisme, fruit paroxystique du nationalisme allemand. Cette discrétion gêne le lecteur français, qui n'a pas oublié que la politique étrangère de Hitler (revanche sur le diktat de Versailles, accord avec la Russie contre l'Ouest) rejoignait les buts poursuivis par la République de Weimar.
Il reste l'essentiel. Nolte ne fait scandale que pour ceux qui n'acceptent pas cette réalité : au XXe siècle, le totalitarisme eut deux visages, l'un communiste, l'autre fasciste. Ils furent différents, mais également hideux.
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Le père de 2001 : Odyssée de l'espace est mort
par Laurent Suply
source: Le Figaro du 19/03/2008

Arthur C. Clarke en mai 2007. (AP/Amarasinghe)
Âgé de 90 ans, Arthur C. Clarke laisse derrière lui une centaine d'ouvrages de science-fiction et de vulgarisation scientifique.
L'écrivain de science-fiction britannique Arthur C. Clarke, est mort mercredi dans un hôpital au Sri Lanka, à l'âge de 90 ans. La santé de l'écrivain s'était brusquement détériorée au cours des dernières semaines et il avait été admis à l'hôpital il y a quatre jours. «Ses funérailles devraient fort probablement se dérouler samedi», au cimetière de Colombo, dans son pays d'adoption. Clarke avait fêté son 90e anniversaire le 16 décembre en souhaitant la paix pour l'île Sri Lanka, où il s'était établi il y a une cinquantaine d'années. Il avait soufflé une seule bougie sur son gâteau d'anniversaire au cours d'une fête organisée par le gouvernement et à laquelle avait participé le chef de l'Etat.
Arthur C. Clarke laisse derrière lui une centaine d'ouvrage, dont une majorité de romans et nouvelles de science-fiction. Parmi les plus célèbres, la nouvelle La Sentinelle transformée en roman sous le titre «2001 : Odyssée de l'espace», en collaboration avec Stanley Kubrick, qui immortalisera cette réflexion sur l'homme et l'intelligence artificielle au cinéma.
Parmi les autres classiques légués à la science-fiction, le Cycle de Rama, couronné des prix littéraires de référence Hugo, Nebula et Locus. Il laisse également trois maximes célèbres nommées «Lois de Clarke» dont la plus célèbre indique que « toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie ».
Visionnaire, Clarke avait décrit en octobre 1945 le principe des communications par satellites dans un article intitulé «Relais extra-terrestres» (en PDF). Depuis, l'orbite géostationnaire située à 36000 km d'altitude, sur laquelle les satellites tournent à la même vitesse que la Terre, prend parfois le nom d'orbite de Clarke. Parmi ses autres inventions, l'ascenseur spatial, imaginé dans «Les Fontaines du Paradis», régulièrement mis à l'étude par les ingénieurs spatiaux du monde entier.
Dans une interview à l'Associated Press, il avait récemment révélé qu'il s'était débrouillé pour faire mettre sur orbite un peu de son ADN. «Un jour, une super civilisation pourrait tomber sur cette relique d'une espèce disparue, et je pourrais revivre à une autre époque…»
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"Hommage à Pierre de Villemarest" par Alain Sanders
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« Les vrais écrivains d'aujourd'hui se comptent sur les doigts d'une main »
Notre photo : Jean-Marc Roberts (à gauche) et Richard Millet (à droite). Crédits photo : Paul Delort/Le Figaro
Propos recueillis par PAUL-FRANÇOIS PAOLI
LE FIGARO LITTÉRAIRE. - Après la vogue du structuralisme et du nouveau roman, l'autofiction est-elle en train d'achever la littérature française ? Certains demandent un retour à une littérature « engagée » dans la société...
Richard MILLET. - Aucun mouvement n'est responsable de l'appauvrissement de la littérature. Il y a des chefs-d'oeuvre dans la littérature nihiliste, formaliste et même nombriliste. L'autofiction n'est pas ma tasse de thé, mais la volonté de Christine Angot de tout dire d'un événement insignifiant est fascinante... D'ailleurs La Recherche du temps perdu de Proust et Voyage au bout de la nuit de Céline sont, à leur manière, de gigantesques autofictions. Ce qui fait un écrivain, c'est l'invention d'une langue, d'un rythme singulier. C'est sa puissance. Sa sensibilité politique, ni le genre littéraire à travers lequel il s'exprime ne font rien à l'affaire. À mon sens Barbey d'Aurevilly, Villiers de l'Isle-Adam sont bien supérieurs à Zola ou au Hugo engagé.
Jean-Marc ROBERTS. - Cela fait trente- quatre ans que je suis dans le métier et que l'on m'annonce que le roman français est mort. C'est l'un de ces « marronniers » dont sont friands les journalistes. Coupable, l'autofiction. Le mot ne veut pas dire grand-chose. Il est vrai qu'il est plus facile d'écrire un roman « intimiste » que d'inventer la vie des autres. Mais le talent et le génie n'ont ni genre ni sexe. La littérature existe ou n'existe pas, c'est affaire de son, de langue, au fond de musique. Chez Stock, où nous avons édité des auteurs aussi différents que Philippe Claudel, Nina Bouraoui ou Christine Angot, l'autofiction n'est pas un principe. Quant à la thèse de François Bégaudeau, qui exhorte les écrivains à s'engager, elle sent son lycéen attardé. Un lycéen qui s'exprime mal, dit tout et son contraire. Les mauvais livres sont ceux qui justement ont une intention. Un bon roman n'apporte aucune réponse, il ne fait qu'ajouter de nouvelles questions.
R. M. - Les journalistes ont une grande responsabilité dans cette confusion des genres. Où sont les « descentes » argumentées, comme l'on disait autrefois ? Que sont devenus les critiques ? Citez-moi un article qui dise que le dernier livre de Justine Lévy ou d'Anna Gavalda est nul ! Qui oserait écrire qu'un roman de Le Clézio ou de Kundera est faible ?
J.-M. R. - Exception faite du livre de Justine Lévy, Rien de grave, (Publié par Stock, NDLR) qui était à mon avis un bon roman - s'il était signé d'un auteur anglo-saxon, on le trouverait formidable - je suis d'accord sur le diagnostic : les critiques ne font plus leur travail, ils encensent trop vite ; du coup, on ne voit plus rien émerger, sauf quand apparaît un phénomène comme Houellebecq ou Jonathan Littell.
Richard Millet, l'an dernier, vous critiquiez la pléthore de mauvais romans de la rentrée littéraire. Plusieurs centaines de romans sont parus en janvier. Vous considerez que c'est excessif ?
R. M. - Ce que j'ai dénoncé, ce n'est pas le nombre de livres, mais l'absence de hiérarchie entre les livres. L'écrivain est celui qui a un monde, pas celui qui fait un « coup » pour avoir sa photo sur un livre. La fonction du roman n'est pas d'être un outil de promotion sociale. Toutefois, je concède que ce phénomène a toujours existé. Au XIXe siècle, on écrivait des vers, maintenant on signe un roman. Mais il ne faut pas se leurrer, en fin de compte les vrais écrivains se comptent sur les doigts d'une main.
J.-M. R. - Je préfère qu'il y ait à la rentrée 600 romans plutôt que 35. Cela dit, une réflexion sur la situation actuelle s'impose. Ainsi, il y a beaucoup trop d'éditeurs, trop de nouvelles maisons sans exigence. Éditeur est un métier à la mode ! Depuis le Goncourt miracle du kiosquier Jean Rouaud, des gens qui n'y connaissent rien publient des romans dans l'espoir de décrocher le gros lot. Et je ne parle pas du système des prix dans lequel les jurés priment ce que le public a déjà choisi...
R. M. - La littérature romanesque contemporaine est en état de crise, comme le fut peut-être la poésie au XVIIIe siècle. Je ne vois pas émerger actuellement d'oeuvre majeure. Mais trois grands romanciers par époque suffisent. Cela dit, ni Roberts ni moi ne publierions ce que nous publions si nous n'y croyions pas.
J.-M. R. - Chez Stock, nous éditons des jeunes gens, sans imaginer ce qu'ils deviendront. Est-ce que l'on pourra plus tard évoquer «l'oeuvre» d'un auteur, bien malin qui peut savoir. Parmi les grands, on cite toujours Modiano en exemple. Mais est-ce que ses romans vieilliront si bien que ça ?
Comment s'empêcher de comparer les écrivains actuels aux grands anciens ? Où sont passés les Aragon, les Montherlant, les Giono qui tenaient le haut du pavé, il y a un demi-siècle ? Y a-t-il déclin ?
R. M. - Dans son livre, Tzvetan Todorov dit que la littérature française est « solipsiste », nulle, désespérante. Ce sont des généralités : il ne cite aucun auteur dans le champ contemporain ! D'ailleurs, on se focalise trop sur la littérature française, comme si les choses allaient mieux ailleurs. On survalorise la littérature anglo-saxonne : qui sont leurs grands écrivains ? Qu'on nous les cite. Qui dira que Philip Roth écrit mal ? Il y a une norme internationale du roman dont le pilier est Umberto Eco : or Eco est un grand esprit, pas un grand romancier.
J.-M. R. - Je tiens Michel Houellebecq pour un écrivain important. L'oeuvre d'Annie Ernaux est celle à laquelle je suis le plus attaché. François Taillandier fait un travail considérable, mais aussi Agota Kristof ou Vassilis Alexakis.
R. M. - Il y a aussi Pascal Quignard, Pierre Bergougnioux, Pierre Michon, Régis Jauffret, Marie N'Diaye, d'autres...
J.-M. R. - Je suis optimiste pour le roman, mais pessimiste sur notre époque qui est antilittéraire. Le pire, ce sont les blogs : non seulement les gens ne lisent plus mais ils ne vivent plus. Interdisons les blogs !
R. M. - Nous vivons dans un monde où l'on n'enseigne plus la littérature et son histoire ; où les valeurs qui dominent sont marchandes, consuméristes, radicalement anticulturelles. Je sais ce dont je parle, j'ai moi même été enseignant. Savez-vous que dans les banlieues, le mot « intello » est devenu une insulte. La littérature est menacée par le divertissement, par la disparition de l'ennui. La littérature, au sens ambiteux du terme, intéresse trois mille personnes en France... D'une certaine manière, la solitude de l'artiste est un invariant ; il y a toujours eu quelque chose d'héroïque dans le fait de s'obstiner à écrire. Rappelons-nous la prédiction d'Henry James qui le premier affirmera que la massification de la culture signerait l'arrêt de mort du grand écrivain.
J.-M. R. - Je suis d'accord. Les « gros lecteurs », ceux qu'on qualifiait autrefois de boulimiques, sont en voie de disparition, surtout chez les moins de 40 ans. Pourtant je ne crois pas qu'il faille céder au « déprimisme ». Des livres existent.
source: Le Figaro Littéraire du 15/10/2007
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